ESSAI CAMARO 2010

Voilà près d'un an qu'on l'attendait, et elle est enfin là. Après avoir découvert le concept car, puis attendu la mise en production, puis avoir vu les tarifs s'envoler à sa sortie la rendant intouchable, en cette fin d'année 2009 elle pose enfin ses roues dans nos locaux... un grand moment pour cette auto qui à fait couler beaucoup d'encre et représente le retour de Chevrolet sur la scène des Muscle Cars après 7 ans d'absence !

Première impression, elle est E-N-O-R-M-E ! Ses proportions et les galbes de la carrosserie ont été nourris aux anphétamines !! Une Mustang dernière génération fait vraiment petite auto à ses côtés... Lorsqu'on la découvre, ses lignes vous sautent à la figure. A peine retouchée par rapport au concept, elle vous met une claque en pleine figure, et la quasi totalité des voitures garées autour prennent un bon 15 ans dans la figure. Son design va sans doute décevoir nombre de puristes, car elle s'écarte du look nostalgia des Dodge Challenger et autres Mustang. Chevrolet l'a voulue résolument moderne, presque futuriste. Quelqu'un qui n'a pas la culture US dans les veines ne verra pas le parallèle avec les versions des 60's, il est d'ailleurs insignifiant et se borne à quelques gimmicks sans intérêt. Mais ce qu'il y a de sur, c'est que le design, bien qu'un peu "Manga" avec ses lignes acérées rappelant la Nissan GTR, est une vraie réussite. Oubliez les photos, il faut être planté devant pour apprécier la foule de détails et les proportions hallucinantes de la bête. Plus qu'une voiture, c'est une sculpture sur roues !

On sent que le bureau de style GM n'a pas mis beaucoup de contrainte aux designers. La face avant est hyper agressive, la ligne de caisse extrêment haute, et le pavillon tellement bas qu'on à l'impression que l'auto à été top choppée (pour ceux qui ne connaissent pas ce terme, c'est un principe Custom des années 50/60 qui consistait à couper le pavillon, puis raccourcir les montants, et ressouder le toit afin de réduire la hauteur des vitres et de rendre la voiture plus basse, "tassée"). C'est du plus bel effet. A l'arrière, les ailes sont très proéminentes et rappellent le style Bill Mitchell des grandes années (designer des Corvette Stingray 1963 à 1982). Un joli clin d'oeil à la période de gloire des Chevrolet sportives...

Le reste, c'est une multitude de détails qui combinés donnent une impression indescriptible : flancs sculptés, arrête vives mais courbées en même temps, porte à faux et coffre courts, long capot, assiette très basse, la voiture en impose ! Quelques petits chromes, feux "frenchés" (Encore un terme Custom des 50/60's indiquant des feux en retrait dans la carrosserie), bossage de capot, superbe creux sur le pavillon, alignement parfait des arrêtes de carrosserie qui se coupent et se recoupent, on a beau faire le tour, il n'y a pas d'angle ou l'on trouve à redire. Chapeau.

En ouvrant la porte, on est un peu déconcerté. Ce qui saute aux yeux en premier, c'est l'effort fait sur la qualité des matériaux et assemblages. Sur cette version haut de gamme 2SS, on se rapproche furieusement des modèles japonais ou européens. Plastiques corrects, cuir de belle qualité avec de superbes surpiqures, ajustements léchés, et design soigné font bonne impression. Mais le look de l'ensemble est loin d'être harmonieux. La planche de bord est étrange, banale et vide devant le passager, les compteurs mal intégrés et anguleux, et le design général est n'est pas à la hauteur de l'extérieur.

On s'attendait à un look plus futuriste. Les contraintes financières ont certainement fait leur apparition à ce moment au bureau de style ! Il n'en reste pas moins que c'est très correct, les sièges sont réussis, la position de conduite est bonne, et l'ambiance intérieure assez sympathique au final, une fois qu'on est installé. La vue sur le gros capot bombé, et l'aperçu des immenses galbes des ailes arrières dans les rétros extérieurs, couplé aux petites vitres latérales, vous replongent 30 ans plus tôt dans une corvette C3...

Il est temps de passer aux choses sérieuses. Contact. Le gros V8 de 6.2L s'ebroue dans un râle feutré et presque trop discret, rappelant à tout amateur de V8 hurlant que la mode actuelle est plus à l'écologie qu'a la furie mécanique... Qu'importe, allons y. Les premiers tours de roues sont très déconcertants. La suspension est raide comme du bois, le freinage hyper mordant (Gros freins Brembo avec etriers multi pistons aux quatre coins), la boite 6 rapports ultra douce en mode normal, la direction est précise et réactive... que se passe-t-il !? Suis je bien dans un Muscle Car...

En forçant un peu l'allure, on comprend vite qu'il faut oublier tous les repères modernes ou anciens de voitures américaines... D'un point de vue technique, la Camaro à basculé du côté obscur. Ce n'est plus une voiture US. Les ingénieurs ont clairement visé la clientèle Infinity, BMW ou autre Acura. L'auto est très pointue technologiquement, avec une suspension AV à bras tirés façon BMW et un train AR à pont suspendu et multi bras à la manière de ce qui se fait sur les 370Z et autres voitures modernes. On se surprend à rouler à allure soutenue 2 doigts sur le volant, sans se rendre compte de rien. tout est asseptisé, il n'y a aucun bruit, aucune sensation de vitesse ou de limite.

Alors comme tout bon amateur de gomme brulée, il est temps de la mettre, justement, la gomme ! Passage de la boite en mode sport, kick down, et la... rien ! Le gros 6.2L martèle comme un bon Big Block des années 70, la poussée est linéaire, franche, constante. Aucune ruade, pas d'envolée hurlante, pas de passage de vitesse violent. Un oeil sur le compteur vous fait remarquer que vous venez de perdre les dernières chances de garder vos points puisque vous dépassez toutes les autres voitures de plusieures dizaines de km/h... ça pousse fort, ça va vite, sans que vous ne vous en rendiez compte. Il faut atteindre des vitesses largement prohibées pour commencer à ressentir un tant soit peu de feeling.

Sortons de l'autoroute et prenons une de nos routes auvergnates réputées pour leurs virages incessants. La Camaro dévoile enfin sont vrai visage... c'est une Corvette déguisée. La tenue de route est hallucinante, le feinage tout pareil, la précision du train avant redoutable, et l'on se met à s'amuser comme un fou. Les gros Pirelli P-Zero 275/45 R 20 martyrisent le bitume et les vitesses de passage en courbe, dans la plus grande sérénité, feraient honte à un propriétaire de bavaroise. Un rond point large et dégagé se présente, freinage en courbe, l'auto se place au millimètre, réaccélération, droite, gauche, droite, et l'ont ressort comme une balle à plus de 5.000 t/min sans la moindre dérobade du train AR. La motricité est parfaite. Bluffant...

Il est clair que les ingénieurs ont totalement pensé cette Camaro pour une nouvelle clientèle. Les amateurs de vrai Muscle Cars, comme moi, resteront sur leur faim, les conducteurs de Porsche, BMW et autres japonaises seront surpris et se laisseront certainement charmer par la belle. Elle offre un compromis nouveau, le look d'une US Car avec la dynamique et la finition de ce qui se fait de mieux à ce prix, voir même à des tarifs supérieurs. S'il on voulait donner un avis subjectif, pour conclure, ont pourrait dire que Chevrolet à réussi à proposer la meilleure Sportive abordable américaine. Mais elle y a perdu un peu de son âme de "ricaine", et les vrais amateurs lui préféreront de loin une Mustang ou un Challenger, bien moins aboutie, moins performante, et moins soignée, mais tellement plus vivante et joueuse...

 

 

 

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